14 mars 10
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Bonjour, et retour sur le blog après quelques semaines de “pénitence”.
L’épaule est réparée et je peux faire de petites opérations à défaut de grandes entreprises.
Pour récompenser votre patience, voici une nouvelle qui a été primée:
Concours de l’Echo Juillet 2003
Thème imposé : L’Erreur
3ème prix – Edité par le journal
Une redoutable erreur
Mathieu, le gardien chef du Muséum, jeta un regard presque attendri sur le nouvel élément qui venait d’être livré et installé dans la grande salle. Son attention fut retenue par la perfection de l’ensemble. Il s’agissait de la reproduction en cire-plastique, d’un jeune dinosaure, un enfant déjà imposant, dont la crête dentelée présentait un modelé d’une exceptionnelle finesse. Il admira aussi la teinte de la matière, un gris légèrement ocré. La technique aujourd’hui, fait des merveilles. Ce qui le surprit c’est la position de l’animal. Couché sur ses pattes repliées, on avait posé son museau sur le sol, comme un gros chien endormi. Mais cela ne manquait pas de charme et s’écartait de la banalité des autres reptiles représentés dans cette salle.
Mathieu sourit et rejoignit le poste de contrôle où l’attendait Jean-Michel, gardien en second.
Le Muséum fermait ses portes et dans le couloir ils croisèrent Frédéric, le Maître-chien et Astorg son fidèle compagnon qui prenaient la relève pour la nuit.
En reprenant son poste au petit matin, Mathieu eut la surprise de trouver Frédéric qui l’attendait, Astorg couché à ses pieds.
- J’ai passé une sale nuit, expliqua le vigile. Astorg n’a pas cessé de grogner et malgré deux rondes supplémentaires je n’ai rien trouvé… Je te signale que quelque chose ne va pas dans la grande salle. Astorg refusait d’y entrer, c’est anormal.
Mathieu promit d’éclaircir le mystère et conta l’événement à Jean-Michel. Les écrans de contrôle envoyaient des images rassurantes, il ne se passait rien. Les deux hommes burent leur café en devisant, le Muséum allait ouvrir dans quelques minutes.
- Regarde !… Il a bougé ! s’exclama brusquement Jean-Michel
- Qui a bougé ?
- Le petit dernier…
Mathieu incrédule s’approcha des écrans. Mais Jean-Michel insistait, il avait vu, l’espace d’un instant quelque chose bouger… Mathieu se rendit dans la grande salle. Il s’approcha du jeune dinosaure. L’animal gardait son immobilité de mannequin de cire. Son museau regardait-il plus à gauche ? Peut-être, mais le souvenir est fragile. Non vraiment, Jean-Michel rêvait ! Tout à sa réflexion le gardien crut voir alors la lourde paupière se soulever. Un frisson de crainte raidit ses muscles. Mais la paupière grise était retombée.
- Je divague ! murmura Mathieu.
Courageusement pourtant il s’approcha en se baissant au niveau de la bête. La paupière à nouveau bascula et dégagea un œil féroce. Le regard percutant, brillant, terrible de l’animal croisa celui du gardien tandis que la tête lentement se soulevait. La mâchoire entrouverte esquissa une sorte de bâillement.
Mathieu bondit. Sa pensée immédiatement se porta vers les visiteurs. Le Muséum venait d’ouvrir et deux classes étaient annoncées. Les voix des enfants résonnaient déjà dans le hall tandis que les premiers visiteurs se dispersaient dans les allées. Il fallait les arrêter.
Le gardien s’élançât en courant, les bras étendus. Il criait :
- Arrêtez…Arrêtez ! N’entrez pas !…
Les enfants stoppèrent, bientôt rejoints par leur accompagnatrice, une petite femme brune aux lunettes agressives :
- Que se passe-t-il ? lança-t-elle d’une voix sèche.
- N’entrez pas c’est dangereux !
- Pourquoi, expliquez-vous…
- Il y a un dinosaure vivant dans la grande salle…
La stupéfaction plongea l’assemblée dans un étrange silence.
- C’est une blague ! lança un jeune homme qui tentait de passer.
A cet instant, comme une réponse, une forme ondulante et lourde se profila au bout de l’allée en même temps qu’un cri terrible ébranlait la coupole. Oh ! Ce cri, tout à la fois barrissement, rugissement et hurlement, un cri que de mémoire d’homme on n’avait jamais entendu.
Jean-Michel qui voyait tout sur les écrans de contrôle, avait déclenché immédiatement les alarmes. Sonneries, sirènes, pompiers, police déferlèrent dans l’instant où les visiteurs se replièrent en hurlant ne sachant pas exactement ce qu’ils fuyaient.
- Que se passe-t-il ?demanda le capitaine des pompiers.
- Un dinosaure s’est échappé, expliqua le gardien choqué et tremblant.
- Un dinosaure ?
Policiers et pompiers fouillaient leurs mémoires. Des dinosaures, nous n’avons que les squelettes !
- Vous êtes certain ? insista le capitaine en dévisageant le gardien si pâle.
Tout le monde affirmait, confirmait qu’il était bien là, au bout de l’allée, qu’il avait crié ! Mathieu assurait qu’il avait bougé et que leurs regards s’étaient croisés.
On peut rendre un immense hommage au courage des pompiers appelés à capturer des mygales, des serpents, des tigres et autres bestioles, mais un dinosaure…
Il faudrait trouver un vétérinaire capable d’endormir un animal préhistorique… Les secouristes étaient à deux doigts de penser que le gardien chef Mathieu perdait l’esprit et que son affolement, en suscitant une hallucination collective, avait conduit la foule à confondre les sirènes et les alarmes avec le cri du dinosaure. D’ailleurs, est-ce que cette bête crie ? Aucun scientifique n’a jamais entendu la voix d’un fossile !
- Ressaisissons-nous, dit calmement le capitaine des pompiers. Il s’agit certainement d’une méprise…
En réponse à cette réflexion pleine de sagesse, le petit enfant du grand dinosaure s’approcha lourdement du groupe des hommes perplexes et poussa un nouveau hurlement qui fit reculer les plus courageux. Un policier sortit son arme et mit l’animal en joue.
C’est alors que fendant sans ménagement le cordon de police qui protégeait l’entrée, un petit homme âgé, portant barbe et cheveux gris quelque peu embroussaillés, se précipita avec pour seule arme un parapluie.
- Ne tirez pas… ne tirez pas…Laissez-moi passer, je vais le reprendre, il s’agit d’une erreur !
- Expliquez-vous ! lança un officier de police en le retenant par la manche.
- Mais lâchez-moi, je sais ce qu’il faut faire mais de grâce ne le tuez pas !
Comme pour aider son sauveur, le petit dinosaure s’immobilisa devant le parapluie que le vieux professeur pointait vers lui. Docilement il recula, puis se tapit dans un creux devant une fenêtre et se coucha.
- Faites entrer la caisse ! lança d’une voix éclatante le vieux monsieur.
Les policiers s’écartèrent et quatre forts gaillards apportèrent une longue cage roulante qu’ils déposèrent dans la salle. Docilement, toujours commandé par le parapluie, le dinosaure entra dans son habitacle et la porte se referma doucement. D’un pied solide, le vieil homme repoussa par deux fois le bout de la queue qui ne voulait pas se ranger.
Dans un silence où la surprise le disputait à l’incrédulité, le curieux équipage toujours suivi de l’homme au parapluie, sortit entre le double cordon de policiers et de pompiers, traversa la cour et la cage entra dans le camion qui l’attendait. Alors, le vieux monsieur que personne n’osait interpeller se retourna et s’approcha de l’assistance :
- Je suis le professeur….. Un coup de vent emporta le nom que personne ne comprit. On a livré ici, par erreur, cet animal qui était destiné à une réserve. Je l’avais endormi pour vingt-quatre heures, il s’est réveillé chez vous ! Et moi je le cherche depuis hier soir. Messieurs, je vous remercie de l’avoir protégé !
Il salua et disparut avec le camion.
Le capitaine des pompiers reprit le premier ses esprits :
- Il y aurait donc quelque part, une réserve de dinosaures vivants ? mais arrêtez-le…
arrêtez-le…arrêtez-le !
Mais il était trop tard.
Quelle redoutable erreur…
Michelle Pascale
Par Michelle
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