27 septembre 09
Catégorie : Nouvelles
Bonjour l’Automne et bonjour à vous Lecteurs
Avez-vous peur des Araignées?
A votre intention, voici un petit texte inédit, petite aventure de ce matin qui vous encouragera peut-être à poser sur les araignées UN AUTRE REGARD…
Un autre regard
Je suis allée chercher dans ma bibliothèque un vieux livre, un très vieux livre de cuisine, écrit par un grand chef – Paul Pellaprat- et qui m’a été offert à mon premier mariage, en 1950 !
Je me souviens encore de la réflexion de cette amie qui me l’avait donné : « Tu trouveras des idées pour faire grossir ton mari ! » C’était dit avec l’humour que je lui connaissais et il était vrai que l’homme que j’épousais avait la finesse et la pâleur d’un éphèbe. Nous avions tous les deux vingt ans.
Le temps a passé, le mari a grossi et nous nous sommes séparés. Chacun a refait sa vie de son côté mais parfois, le passé m’envoie un petit clin d’œil. Celui-ci en est un.
J’ai donc repris le gros livre,( avec l’âge je trouve que lui aussi a pris du poids,) pour récupérer une ancienne recette qui me valait à l’époque bien des compliments. Je l’ai posé et ouvert et là Ah !… Une grosse araignée s’est échappée des pages et a traversé la couverture, prenant la direction de la reliure ramollie et un peu béante.
Avant de s’engouffrer dans le tunnel du salut, la petite bête s’est arrêtée et m’a regardée. Les araignées ont des yeux, la mienne avait un regard… oui un regard qui me parlait et répondait au mien. Je me trouvais devant une vieille araignée, érudite sans doute pour avoir construit sa vie dans un beau livre plein d’idées et de planches en couleur. Et son regard arrêta ma main aux intentions plus peureuses que méchantes.
- De quoi as-tu peur, disait le regard, je ne te veux aucun mal. Tu déranges ma vie, des années de tranquillité. Je vivais dans l’antiquité, tu me jettes dans la lumière crue du présent. Pourquoi ? Je m’étais assoupie sur la table des matières en toute confiance, comme chaque jour… Je te connais bien, ton chiffon est passé de nombreuses fois dans mon coin mais par bonheur tu négligeais d’entrer dans ma niche. Je suis vieille, je n’ai plus la force de me transporter ailleurs, de tout recommencer, comme toi-même. Que dirais-tu si un bulldozer tout à coup cassait ta maison, s’il brisait la table et arrachait les rideaux ? S’il te fallait reconstruire tout cela ?
Ce monologue touchait mon cœur. J’ai un peu peur des araignées mais j’évite de les tuer. Je ne tue pas, au nom du respect de la vie de tous ceux qui traversent ma route. Mon regard lui a répondu :
- Je ne veux pas te tuer, mais tu es grande et forte et tu m’impressionnes. Reste dans mon livre si tu veux mais disparais de ma vue, le temps que je retrouve ma petite recette, page 348…
Son regard affirma un accord et l’araignée s’engouffra promptement dans le soufflet de la reliure. J’ai glissé mon regard avec courage dans ce petit tunnel sombre, en entrouvrant le livre mais je ne l’ai pas vue. Alors j’ai consulté tranquillement la page 348 et même quelques autres, relevé ma recette et refermé le vieux livre.
Je n’ai jamais revu mon araignée, même en rangeant l’ouvrage dans son coin préalablement essuyé. Au sommet de l’espace, sous la planche supérieure, il y avait une belle toile…J’ai hésité mais je n’y ai pas touchée. C’était le rideau de l’araignée, son regard me l’avait dit !
Par Michelle